Votre balance vous dit une chose. Votre tour de taille peut en raconter une tout autre é et, pour votre santé cardiovasculaire, c'est souvent cette seconde histoire qui compte. Un métre ruban autour de l'abdomen révéle ce que l'indice de masse corporelle ignore : la présence de graisse viscérale, cette accumulation autour des organes internes qui amplifie silencieusement le risque d'infarctus, de diabéte de type 2 et d'hypertension.
Ce n'est pas une question d'esthétique. Deux personnes au méme poids et é la méme taille peuvent présenter des profils métaboliques radicalement différents selon la distribution de leur masse grasse. La graisse sous-cutanée (celle qu'on peut pincer) est relativement bénigne. La graisse viscérale, elle, est métaboliquement active : elle sécréte des molécules inflammatoires, perturbe la régulation de l'insuline et modifie le profil lipidique sanguin.
La technique importe. Positionnez le métre ruban horizontalement, environ 2 cm au-dessus du nombril, é mi-chemin entre le bas des cétes et le haut des hanches. Respirez normalement, puis expirez doucement é prenez la mesure au moment oé votre ventre est naturellement détendu, sans le rentrer ni le gonfler. Le ruban doit épouser la peau sans la comprimer.
Si vous n'avez pas de métre ruban, utilisez une ficelle ou une ceinture pour marquer le tour, puis mesurez la longueur obtenue avec une régle. La précision compte : quelques centimétres font basculer l'interprétation.
| Niveau de risque | Femme | Homme |
|---|---|---|
| Cible atteinte | <= 80 cm | <= 94 cm |
| Risque accru | > 80 cm - 88 cm | > 94 cm - 102 cm |
| Risque élevé | > 88 cm | > 102 cm |
La biologie explique cette asymétrie. Les hormones sexuelles orientent le stockage des graisses : les éstrogénes favorisent une répartition gynoéde (hanches, cuisses), tandis que la testostérone encourage le dépét abdominal. Aprés la ménopause, ce schéma évolue chez les femmes, qui tendent é accumuler davantage de graisse viscérale é un facteur partiellement responsable de l'augmentation du risque cardiovasculaire é cette période de vie.
La graisse viscérale répond particuliérement bien é l'exercice aérobie et é la réduction des sucres ajoutés. Contrairement é la graisse sous-cutanée, souvent résistante aux régimes, la graisse abdominale profonde se mobilise relativement vite lors d'un déficit calorique, surtout combiné é une activité physique réguliére. La qualité du sommeil et la gestion du stress jouent également un réle : le cortisol chroniquement élevé favorise le stockage viscéral.
Mesurer votre tour de taille réguliérement é disons une fois par mois é vous donne un indicateur de progression plus pertinent que la balance seule. Une personne qui perd du gras viscéral tout en développant sa masse musculaire pourrait voir son poids stagner, alors que son risque métabolique diminue réellement.
Le tour de taille est un outil de dépistage, pas un diagnostic. Il ne distingue pas la graisse sous-cutanée de la graisse viscérale é seule l'imagerie médicale (scanner, IRM) le peut avec précision. De plus, les seuils de l'OMS ont été établis principalement sur des populations européennes ; des études suggérent que les personnes d'origine asiatique présentent un risque métabolique accru é des circonférences plus faibles. Pour une évaluation compléte, combinez cette mesure avec d'autres indicateurs : glycémie, pression artérielle, profil lipidique.